06.02.2009

LE CHEMIN DES DEMOISELLES

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Philomène ma grand-mère 90 ans avec sa fille aînée et son arrière-arrière petits-fils

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Françoise 15 ans

LE CHEMIN DES DEMOISELLES

231 C'est ainsi que je fis la connaissance de Raymond, mon premier amour.
Je ne savais pas encore qu'une vie semée d'embûches m'attendait, mais je pouvais tourner la première page de ma vie et prendre à mon tour le Chemin des Demoiselles.

Une vie ordinaire, parfois cahotique, mais à travers toutes ces années, une richesse que rien ni personne ne pouvait m'ôter : la chance d'avoir eu une famille aimante et quatre beaux enfants et cela, au-delà de toute réussite, je me dis que j'ai amassé le plus grand trésor de la terre.

Je remercie tous mes lecteurs et lectrices qui ont bien voulu me lire et me laisser de gentils commentaires.
A bientôt.

LE CHEMIN DES DEMOISELLES

230 A part ces entrevues anodines, nous n'avions pas de temps pour penser aux garçons, pourtant, un lundi matin de rentrée, prenant le car avec mes compagnes, je me trouvais placée à côté d'un jeune homme d'une vingtaine d'années.
Durant le voyage, il se tourna fréquemment vers moi en me souriant, cherchant à entamer une conversation. Fébrile, je triturais nerveusement mon béret bleu marine entre mes doigts, autre pièce de notre uniforme. Agée d'à peine quinze ans, son attention me flattait et je me sentis devenir importante, surtout aux yeux des autres qui ricanaient entre elles et se retournaient constamment pour nous regarder. Alors, pour les faire enrager, à mon tour je l'encourageais en lui souriant. Il me demanda mon âge, embarassée par sa question, je lui déclarais que j'avais seize ans, je ne sais pas s'il fut dupe. Jouant de son ascendant sur moi, beau parleur, il me subjugua et me demanda un baiser que je ne lui refusais pas, trop contente de narguer les autres.
Las, je n'étais pas préparée pour ce premier baiser, celui d'un homme qui abusait de son expérience. Heureusement le voyage touchait à sa fin et je le quittais sans regret. Fanfaronnant devant mes camarades, je perdis ma superbe dans l'intimité des toilettes où je me lavais l'intérieur de la bouche à l'eau de Cologne, espérant couvrir le goût âcre du tabac qu'il fumait.
Dégoûtée par cette première expérience, je me promis de ne pas recommencer de sitôt.

Vint l'année de mes seize ans, il me restait une années d'apprentissage et la perspective d'être encore enfermée pendant un an dans cette école me pesait.
Mais pour l'heure, j'étais en vacances, la mélancolie n'était pas de mise, d'autant plus que j'étais invitée à un bal qui se tiendrait au mess des officiers dans le camp militaire.
Je désirais y briller et me fit pour la circonstance une robe garnie de volants en moire bleue, qui me donnait l'allure d'une ballerine et seyait bien à mes yeux.
Les participants arboraient tous un uniforme galonné. Un orchestre composé de jeunes recrues entraînaient les couples, valses et tangos se succédaient.
Ma robe eut le succès escompté et je récoltais maints compliments, mais je n'avais d'yeux que pour un jeune aspirant qui semblait m'ignorer. A l'écart de la piste de danse, il entretenait une conversation animée avec d'autres officiers, lorsqu'au hasard d'une danse, nos regards se croisèrent et ne se quittérent plus.

05.02.2009

LE CHEMIN DES DEMOISELLES

229 Nous étions quatre filles dans une chambre et avions pour couchettes des lits de camp peu solides, surplus des Américains. Mon lit était près d'une fenêtre, j'étais aux premières loges pour apercevoir leurs appels et avertir discrètement les autres.
Un soir, grimpant à six sur mon lit, elles agitèrent leurs bras en moulinet, si bien que succombant sous leur poids et leurs gesticulations, il s'aplatit comme une galette, dans un vacarme épouvantable. Ce fut une volée de moineaux.
Retirée dans son alcôve, à l'intérieur du dortoir des plus jeunes, la surveillante surgit dans la chambre et constata les dégâts. Le lendemain j'avais une mise à pied de huit jours.
Ulcérée d'avoir subi seule cette punition, les autres s'étant tues, je récidivais un mois après, en cachant dans son lit, pour me venger, un balai couvert de toiles d'araignée, pas dupe, elle me dénonça et j'écopais cette fois de quinze jours.

LE CHEMIN DES DEMOISELLES

228 Cette deuxième année d'après-guerre n'avait pas encore vu la fin des tickets de rationnement, et pour la première fois je connus la faim. L'appétit décuplé par notre croissance, nous ne pouvions nous contenter des faibles rations que l'intendante du collège nous servait.
J'ai le souvenir d'un dîner, où refusant de sortir de table malgré les objurgations de Brasbout, les pensionnaires, à force de cris d'animaux, orchestrés par les "grandes " des terminales, obtinrent un supplément de nourriture, en l'occurence des pâtes collantes sans un brin de matière grasse, que nous enfournions dans nos bouches affamées, sans état d'âme. Que dire aussi de ce boudin mal cuit, posé sur une purée-béton de pois cassés que nous ingurgitions, à la limite de la nausée.
Je me défoulais avec le sport. Chaque matin, au réveil, nous devions par n'importe quel temps descendre dans la cour en short, pour y effectuer pendant un quart d'heure, à petites foulées, une course qui nous réveillait l'esprit. Nous avions comme professeur Paulette Veste, championne de France de lancer du poids, elle nous entraînait durement, mais nous avions besoin de nous ébattre après les contraintes que nous subissions.
Dès que nous avions un moment de libre, nous jouions au volley-ball et participions à des tournois inter-collèges qui nous éloignaient pour quelques heures de la discipline rigoureuse du collège. Le tennis de table nous permettait aussi de nous défouler.
Les dimanches où nous restions, nous voyaient partir en rang, promenade obligatoire, répétée tout au long de l'année, corvée surtout pour les plus âgées qui devaient comme les plus jeunes, déambuler en silence.
Quelquefois, on nous emmenait écouter un concert, chacune d'entre-nous se déclarant mélomane, mais la vraie raison était tout autre. Cette sortie nous permettait d'apercevoir les jeunes normaliens qui assistaient eux-aussi, aux récitals des Jeunesses Musicales de France, et qui nous adressaient des signes de connivence derrière le dos des surveillantes pour attirer notre attention. Plus âgés que nous, ils avaient un droit de sortie et en profitaient pour venir rôder autour du collège.
Le soir, après l'étude, alors que nous étions montées dans les chambres, ils nous envoyaient à l'aide d'une lampe de poche, des signaux selon un code que nous avions mis au point,
Ce pied de nez à Brasbout nous ravissait, l'interdit étant plus agréable que les messages codés.

04.02.2009

LE CHEMIN DES DEMOISELLES

227 A la fin du premier trimestre, ma mère fut convoquée par la directrice. J'avais de très bonnes notes mais pas en couture. Mes professeurs étaient unanimes, ma place n'était pas parmi les apprenties couturières, je devais selon elles, intégrer une classe de 5e où je rattraperai facilement mon retard sur les autres élèves.
Je fis rapidement le calcul, en 5e les élèves avaient tout au plus treize ans, j'en avais quatorze et beaucoup de rattrapage en perspective, ma mère n'ayant pas les moyens de me payer des leçons particulières. Habituée aux premières places, par orgueil j'y vis une rétrogradation humiliante et refusais en bloc, malgré l'air navré de la directrice et de mes professeurs, décision ô combien immature que je regretterai toute ma vie.
Maman céda et je repris, pourtant sans joie l'apprentissage d'un métier, par ailleurs beau métier, mais pour lequel je n'étais pas faite et que j'exercerai si peu.
Uniformisées par nos blouses roses ou bleues selon la semaine, nous n'avions droit à aucune coquetterie et lors de sortie accompagnée, nous devions subir l'oeil exercé de la surveillante, habile à déceler le moindre soupçon de maquillage. Ayant passé avec succès son examen visuel, elle nous laissait aller à regret, douchant notre enthousiasme en nous rappelant qu'il nous fallait, sous peine de punition, rentrer impérativement à dix-sept heures précises.
Tous les quinze jours, nous partions en permission pour deux jours, moment tant apprécié, où nous quittions le collège, une lourde valise à la main, renfermant notre linge sale.
Nous prenions un train qui nous déposait à la gare de St Erme, où nous attrapions à la volée un vieil autobus qui nous emmenait au village. Bien souvent, en raison du retard du train, nous le manquions et devions faire à pied les six kilomètres qui nous séparaient de chez nous.
Notre valise pesait lourd, et nous avions trouvé une astuce pour soulager nos épaules, nous enfoncions un bâton entre les deux poignées et portions les bagages plus aisément à deux.
Le lundi matin, de très bonne heure, il fallait prendre un car qui nous emmenait à la ville, promenade sans surveillance, très appréciée de toutes, qui nous donnait une illusion de liberté.

LE CHEMIN DES DEMOISELLES

226 A midi, elle rassemblait le troupeau des pensionnaires et en file nous menait jusqu'au réfectoire en nous faisant chanter "Malbrough s'en va t-en guerre" chanson qu'elle affectionnait particulièrement, par dérision nous l'appelions Brasbout', c'était devenu notre cri de guerre : Sus à l'ennemi! voici Brasbout' Quant à la directrice que nous surnommions Zoé, allez savoir pourquoi! elle était l'ombre falote de cette mégère qui régissait le collège.
A tout moment nous la singions, un jour alors que nous la savions malade, j'étais grimpée sur une table du réfectoire et devant un auditoire acquis d'avance, je m'essayais à imiter ses gestes et sa voix, encouragée par les rires j'accentuais de manière outrancière ses propos lorsqu'un soudain silence m'alerta, l'ennemie était dans mon dos. Je reçus un sérieux blâme du conseil de discipline, ce ne fut pas le seul.
Je lui dois aussi une humiliation devant toutes les pensionnaires, nous la vîmes arriver avec un sac à linge rebondi, alors que nous allions quitter le réfectoire. Elle l'ouvrit et déballa un tas de linge sale parmi lequel se trouvait des pièces souillées de linge intime : -Regardez dit-elle avec son sourire ironique mademoiselle M. qui fait la coquette et qui entasse son linge sale dans son placard. Après un moment de stupeur, mon sang ne fit qu'un tour car ce n'était pas mon sac à linge sale,que nous ramenions tous les quinze jours à la maison, mais Brasbout' s'était trompée de placard ( en réalité ce linge était à une pensionnaire qui hélas en raison de son éloignement ne rentrait chez elle que tous les trimestres) Malgré mes vives protestations, elle ne reconnut pas publiquement son erreur, je l'aurais volontiers passé à la moulinette.
J'apprenais la couture sans entrain et ne m'épanouissais que pendant les cours d'enseignement général, dispensés par des professeurs qui, elles aussi, souffraient de discrimination.
Une anecdote me revient en mémoire : nous avions une rédaction avec un sujet libre, et j'avais choisi de donner une conclusion autre que l'auteur, d'un livre que nous avions lu, je ne sais plus lequel, par contre ce dont je me souviens c'est de ma déception lorsque le professeur rendit les copies, sur laquelle je comptais pour remonter ma moyenne. Elle avait écrit en marge : Très bien mais est-ce de vous ? Son hésitation me flattait dans un certain sens, mais malgré mes protestations elle ne me crut pas et confirma ses doutes, j'ai eu beaucoup de mal à accepter son jugement arbitraire.

03.02.2009

LE CHEMIN DES DEMOISELLES

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Françoise 14 ans en partance pour le collège encore habillée en fillette

225 -LES ANNEES COLLEGE-

Ce ne sont que des anecdotes, comment résumer trois années qui ne furent ni gaies, ni tout à fait tristes. Lorsque je me retourne sur mon passé elles m'apparaissent comme trois années de jeunesse perdues à subir une discipline sévère pour un résultat médiocre.

N'ayant pu être scolarisée dans un collège en temps voulu, en raison de la guerre et de la mort de mon père, la question de mon avenir se posa.
J'avais plusieurs camarades qui intégraient à la prochaine rentrée une section technique de couture au collège de Laon, et bien que n'ayant pas particulièrement d'affinité avec ce métier, je décidais aussi d'y faire mon apprentissage.
Je devins donc pensionnaire de cet établissement scolaire, dirigée par mademoiselle P. directrice à la mine austère. Le collège n'était pas des plus accueillants, surtout pour les "techniques" section nouvellement créée, à peine tolérée par les futures têtes pensantes qui nous faisaient mesurer notre "infériorité"
Mais la bête noire des pensionnaires, toutes classes confondues, était la surveillante générale, dragon moustachu qui aurait fait merveille dans un établissement pénitentiaire.
Toujours à arpenter les longs couloirs, elle guettait les élèves qui s'y attardaient, punissant sévèrement les récalcitrantes qui contestaient. C'était devenu pour nous un jeu excitant de cache-cache, afin d'échapper à son oeil vigilant.

02.02.2009

LE CHEMIN DES DEMOISELLES

224 Pendant ce temps, à cent lieux de penser à un accident, ma mère et mes soeurs regardaient passer la course, amusées par le spectacle
- Tiens! je ne vois pas arriver Françoise dit une de mes soeurs, elle a dû abandonner, c'était la plus jeune, le parcours était sans doute trop long pour elle
Sans précaution, on me chargea dans une camionnette et fut livrée à ma mère tel un colis, sanglante et déchirée avec pour tout commentaire:
-Votre fille est tombée, quel dommage, une si belle gamine
On me coucha et le vieux médecin de famille fut appelé à mon chevet
- Laissez-là dormir dit-il après avoir pansé mes plaies.
Je sombrais bientôt dans un lourd sommeil, qui s'avéra en réalité être un coma de quarante huit heures, d'où j'émergeais lucide, mais sourde et endolorie, la peau du dos et d'un bras mise a nu par le contact plutôt rude avec l'asphalte et incrédule lorsqu'on me révéla que deux jours s'étaient écoulés depuis mon accident. Par la suite j'apprendrais que l'autre accidenté garderait un traumatisme permanent à une cheville.
Maman et grand-mère, épuisées par leurs longues veilles allèrent se coucher à leur tour, rassurées sur mon sort.
Je venais de subir un premier échec, je souffrais dans ma chair et dans mon amour-propre, demain j'allais affronter le monde des adultes, je réussirai me disais-je à nouveau pleine d'illusion.

LE CHEMIN DES DEMOISELLES

223 Cette année-là, les élèves de la classe de mademoiselle Havard furent toutes reçues, cependant, nous allâmes à l'école jusqu'à l'ultime jour de classe et défilèrent en rang une dernière fois le 14 juillet, devant le Monument aux Morts, en chantant des chants patriotiques.
Pour ma part, j'avais hâte que la cérémonie se termine, car l'après-midi des réjouissances étaient prévues et surtout une course cycliste à laquelle je devais participer.
Cette course était organisée pour les dames et les jeunes filles à partir de 14 ans. Il me manquait quelques jours pour atteindre ce quatorzième anniversaire, mais les organisateurs furent indulgents. Je m'étais préparée à cette épreuve en reconnaissant plusieurs fois le parcours prévu. Il m'apparut assez facile, mon plat pays gommant les difficultés, et après mon succès scolaire, je me voyais récidiver dans le sport avec ma bicyclette flambant neuve.
A quinze heures, j'étais donc au rendez-vous sur la place de la mairie. Le temps radieux était de la fête. Nous étions une vingtaine de concurrentes, des adultes pour la plupart. J'étais impatiente d'en découdre, animée par un esprit compétitif. Je subodorais une rivale sérieuse en la personne d'une jeune fille sportive de dix-huit ans, dont les cuisses bronzées et musclées attiraient le regard des jeunes mâles, mais je comptais sur ma juvénile ardeur pour lui brûler la politesse au démarrage. Ce fut exactement ce qui se produisit.
Nous précédant, un homme muni d'un porte-voix, incitait les supporters et ils étaient nombreux, à rester prudemment sur les trottoirs.
Pédalant la rage au cpeur, j'avais pris la tête et distancé le gros du peloton d'une vingtaine de mètres. Abordant un virage, l'oeil fixé sur la ligne d'horizon, je ne le vis pas, lui, le spectateur imprudent. A deux mètres devant moi, il déboucha sur la chaussée dans l'intention de traverser la route, réduisant à néant mon rêve de gloire. Je l'abordais de plein fouet, ma roue avant se calant entre ses jambes et m'éjectant dans un "soleil" parfait......

A qui était donc cette forêt de jambes qui barrait mon champ visuel ? et qu'elle était cette voix plaintive qui disait :-Arrêtez la course, je veux repartir !
A demi-inconsciente, je me sentis soulevée et me retrouvais allongée sur une table dans un café. Un brouhaha inaudible emplissait la pièce enfumée. Des gens s'affairaient autour de moi, tandis que je somnolais. Perçant mon état second, j'entendis une voix dominant les autres
-Il faut la ramener chez elle, mais je vais d'abord aller prévenir sa mère.

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