19.12.2008

et la terre enfanta

121 En attendant les invités mes soeurs tournaient en rond, piochant sans vergogne dans les plats quand grand-mère avait le dos tourné.
Elle arborait ce soir-là un tablier blanc, brodé d'un chat bleu jouant d'une patte allègre avec un peloton de laine, elle ne le mettait que pour les grandes occasions. Il ceinturait sa taille ample de plis amidonnés pour la circonstance.
Epanouie, depuis que son gendre, en entrant dans la cuisine lui avait dit, les narines palpitantes :
- Mère, qu'avez-vous donc préparé pour que cela sente si bon ? grand-mère se sentait prête à toutes les indulgences.
Protégeant sa chemise par une blouse, mon père armé d'un couteau s'attaqua aux huitres, ce travail ingrat lui étant dévolu, et comme chaque année, avec force jurons, il se blesserait en s'exclamant :
- C'est bien la derniere fois que j'écaille des huitres!
Les invités finirent par arriver, monsieur et madame Patisson, des amis de longue date, un couple sans enfant. Gens charmants, qui avaient peu à peu sympathisé avec mes parents. Un jour ils étaient venus demander à mon père s'il voulait bien leur apprendre à conduire, désirant l'un et l'autre obtenir leur permis. Ce fut folklorique, car ils n'étaient pas doués pour cet exercice.
L'adorable petite voiture rouge qu'ils avaient eu l'imprudence d'acquérir avant cette formalité indispensable, resta bien longtemps sur ses cales. Pour tromper son impatience, madame Patisson la bichonnait amoureusement. Mais les miracles finissent par arriver, à force d'assuidité et de patience de la part de mon père, ils triomphèrent presque simultanément des embûches semées par l'examinateur. Ils lui en attribuèrent le mérite, et depuis la reconnaissance avait fait olace à l'amitié.
La famille Beudit fit son entrée, flanquée de leurs deux grandes "asperges", c'est ainsi que je nommais en secret leurs filles, pour me venger des grimaces qu'elles m'adressaient derrière le dos de leurs parents, tout en offrant des visages mielleux à l'assemblée.

Commentaires

Bien narré , je pourrai êre là , au milieu , "filant un coup de pied sous la table à ces deux grimacè=ières ...
Amitié

Ecrit par : l'Alpin | 19.12.2008

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