07.12.2008
et la terre enfanta
89 - 1918 - L'ARMISTICE
Un, deux, trois, je m'en vais au bois, quatre, cinq, six...chantonnait Marguerite en sautant à cloche-pied sur le quai de la gare.
Toute la famille était là, attendant de voir surgir le train qui amènerait Paul et Philomène. La joie éclairait les visages, car après de longs mois de séparation, ils allaient enfin être réunis.
A travers les lettres de ses parents, Flore avait ressenti leur peine, leur isolement :
- Ne vous en faites pas pour nous, nous nous débrouillons, nous ne manquons de rien disait leur dernière lettre, mais justement si! elle se faisait du souci et parmi les solutions envisagées pour rompre leur solitude, elle n'en vit qu'une pour résoudre ce problème : trouver un logement à ses parents déracinés.
Restait la question du travail, sa mère trouverait bien à faire quelques ménages, son père, lui, seconderait Charles pour la fabrication du désinfectant, quant à Marie-Louise, depuis quelques temps, elle brodait de fins mouchoirs pour les clientes des Galeries Lafayettes, petites merveilles créées de ses doigts habiles.
Par chance, Flore avait déniché un modeste logement meublé, garni de meubles disparates mais bien ensoleillé, au quatrième étage d'un immeuble situé à quelques rues de chez eux.
Septembre 1918 s'achevait, une bise froide annonciatrice du mauvais temps à venir, faisait s'emmitoufler les passants, surpris par ces premiers frimas.
Quatre ans déjà que la guerre faisait des ravages, fauchant et mutilant de jeunes vies, détruisant des villages, rasant bois et collines.
- Ce n'est pas possible, on n'en verra jamais la fin! Flore ruminait ces pensées tristes en attisant le feu qu'elle avait allumé quelques heures avant l'arrivée de ses parents, afin que leur futur appartement soit accueillant. Elle s'inquiétait un peu car ils étaient habitués au grand air de la campagne et la ville les dépayserait, mais après tout se dit-elle, qu'importe, ils ne seront plus isolés.
Marie-Louise tendait le cou pour tenter d'apercevoir le train la première, mais une voix enrouée annonça qu'il aurait dix minutes de retard, ils se replièrent alors, chassés par une brutale averse.
18:59 Publié dans LIVRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




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