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05.09.2008

et la terre enfanta

125 Chapître 13

Depuis qu'elle avait commencé son travail à la maternité, Roselyn n'avait plus une minute à elle. Toutefois, elle se réjouissait de faire partie de cette équipe qui, en alternance de jour ou de nuit, aidait des jeunes mères à mettre au monde leur enfant. Et elles étaient nombreuses en cette fin d'année, à croire qu'un évènement extérieur en était la cause. Elle en avait fait naïvement la réflexion à une de ses collègues qui s'était gentiment moqué d'elle
- C'est un commerce qui ne périclite pas s'était-elle esclaffé, il y a presse dans le magasin toute l'année !
Roselyn s'était amusée de cette boutade, mais malgré le climat de bonne humeur qui régnait en permanence dans son groupe, elle commençait à ressentir une fatigue tant physique que morale, qui lui faisait maudire la sonnerie de son réveil. Un matin même, elle s'était éveillé sur le fil du rasoir, avait esquivé le petit-déjeuner et filé en trombe en oubliant d'éteindre sa lampe de chevet. Malgré cela elle avait dix minutes de retard, elle s'était glissée en catimini dans les couloirs et enfilé sa blouse en sautant un bouton sur deux, ce que ne manqua pas de lui faire remarquer la directrice, arrivée juste derrière son dos. Cependant, elle n'avait émis aucun reproche.
Sans doute cette baisse de forme était-elle due aussi à la tension nerveuse qu'elle avait subie la première semaine, tant elle craignait de ne pas être à la hauteur de sa tâche. Bien qu'habituée aux gémissements des malades et à leurs doléances, elle n'était pas encore aguerrie par les clameurs que poussaient certaines parturientes, au point culminant de leur épreuve.
Elle n'avait pas encore procédé seule à un accouchement, mais elle assistait activement la sage-femme et recevait dans ses mains le nouveau-né pour lui donner son premier bain. Losqu'elle revenait dans la salle de travail, elle était encore médusée par la transformation de la patiente qu'elle avait quitté quelques instants auparavant, grimaçant sous l'effet de la douleur, et qui à présent, encore dolente, arborait un radieux sourire. Les bras en corbeille, elle accueillait son poupon emmailloté et entamait avec lui, en le couvant des yeux, une longue idylle. Cette métamorphose mystérieuse la laissait perplexe.
Après plusieurs semaines, elle put mettre un nom sur cette émotion qui l'agitait, elle devait s'avouer qu'elle pouvait s'appeler frustration et sans doute jalousie.

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