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30.08.2008

et la terre enfanta

112 Roselyn avait acquiescé. Elles s'étaient séparées après une poignée de main vigoureuse qui l'avait laissé pantoise devant l'énergie déployée par son futur employeur.
Elle compta machinalement sur ses doigts les jours libres qui lui restaient - encore cinq jours à traîner mon ennui marmonna t-elle . Qu'allait-elle faire en attendant ? sinon ruminer des idées noires et tourner en rond entre ses quatre murs, elle n'avait aucune envie de flâner en regardant les magasins et ses finances étaient au plus bas. D'ailleurs un froid glacial, ponctué par des rafales de vent invitait plutôt à rester chez soi. Alors, soudain, l'envie lui vint, irrésistible, évidente - demain je me rendrai à New Haven s'écria t-elle à haute voix, ignorant, toute à sa décision, le regard étonné des passants qui la croisaient.

Un voile noir endeuillait le ciel, annonçant la venue d'une neige précoce. Roselyn remonta frileusement le col de son manteau et regretta de n'avoir pas enfilé ce matin une tenue plus chaude. Elle avait hésité entre une longue jupe en drap épais, accompagnée d'un pull en mohair et une robe dont la couleur vieux rose flattait son teint, mais trop légère pour cette fin d'automne. Au dernier moment elle avait opté pour cette dernière, et maintenant, en attendant de monter dans un train, elle grelottait sur le quai ouvert à tous les vents.
Pendant le trajet, perdue dans ses pensées, elle regarda d'un oeil indifférent défiler le paysage, la vue des arbres dépouillés de leur verte parure la déprimait. Elle détestait l'hiver et son froid cortège d'intempéries. Pourtant, adolescente, elle avait aimé se rouler dans la neige, se promener dans la campagne, même quand le gel craquait sous ses pas et que le vent courbant les arbres gémissait dans les hautes futaies. Elle revenait transie, les joues et le nez rougis, l'onglée au bout des doigts, malgré ses épaisses moufles, mais si joyeuse à la perspective de se reposer sur le banc de la cuisine devant la cheminée. Alors, les mains tendues vers la chaleur, elle se réchauffait lentement, tandis que l'odeur enivrante du chocolat chaud envahissait toute la pièce. Mais ce temps était révolu. A présent elle était devenue citadine, les chutes de neige qui paralysaient New-York se transformaient en un magma boueux et n'apportaient aux habitants que des inconvénients.
Son esprit vagabonda au-delà des collines qui barraient l'horizon, vers la maison de ses parents. Comme elle devait être glaciale en cette saison, elle eut du remord en songeant qu'ils seraient bien déçus s'ils pouvaient constater son abandon. Pour se donner bonne conscience, elle se promit d'aller la revoir au printemps et chassa un regret importun.

Commentaires

Bonjour Françoise,

Heureux temps où on pouvait embaucher sans tenir compte des peaux d'âne !
C'est bien une attitude féminine que prendre une tenue légère un jour de froidure, par coquetterie. J'ai souri en lisant ces lignes où Roselyn patiente sur le quai de la gare, tout en pensant à des scènes similaires vécues.

Bises du grillon

Ecrit par : christian | 31.08.2008

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