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22.07.2008
et la terre enfanta
46 Dès qu'ils reconnaissaient sa silhouette familière du bout de la pièce d'eau, ils se précipitaient sur la pitance dans un grand renfort de battements d'ailes, de cris de protestation et de prises de bec. Leur charivari ravissait Roselyn qui s'asseyait à proximité de leurs ébats pour les observer à loisir.
Attentive à leur drôlerie, elle avait prêté peu d'attention à cet homme jeune qui vint s'asseoir à l'autre extrémité du banc, et ne s'aperçut de sa présence discrète que lorsque celui-ci d'une voix amusée l'interpella :
- Je parie mademoiselle que le blanc est votre préféré !
Etonnée, elle avait jeté un regard sur lui. Deux yeux noirs abrités sous d'épais sourcils la dévisageaient effrontément, la bouche aimable souriait, dévoilant une dentition parfaite, un nez aquilin complétait l'harmonie du visage. C'était un bel homme, néanmoins, quelque chose d'indéfinissable clochait dans cet ensemble pensa t-elle une fraction de seconde, était-ce son regard impérieux et quelque peu magnétique ?
Mais à ce moment précis, elle ne chercha pas à approfondir cette particularité. A son insu Peter venait d'entrer dans sa vie.
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et la terre enfanta
45 Revenue à New-York, elle traîna une certaine langueur qui n'échappa pas à Janet, son amie. Celle-ci par son affectueuse présence et sa pétulance naturelle l'aida à se reprendre. Travaillant ensemble depuis deux ans dans le même établissement et s'appréciant mutuellement, les deux jeunes filles tissèrent des liens d'amitié qui les rendirent inséparables.
Lorsqu'un jour de repos les réunissait, elles aimaient se promener dans Central Park, insouciantes, riant de tout et de rien. Leur gaieté et leurs silhouettes juvéniles attiraient les regards masculins, et cela n'était pas pour leur déplaire, bien qu'elles ne répondissent pas aux hommages trop appuyés.
Leur entente sans nuage dura jusqu'à un certain jour où Janet, indisponible, ne put l'accompagner. Elle avait quand même décidé d'aller seule dans le grand parc. Il aurait été dommage de ne pas profiter du printemps exceptionnel de cette année-là qui faisait, avec quelques semaines d'avance, éclore les fleurs des arbustes dans une symphonie de couleurs pastels. Ces promenades quasi journalières lui étaients devenues indispensables pour son équilibre, car sans se l'avouer elle regrettait la campagne de son enfance, et se souvenait avec nostalgie des promenades champêtres d'où elle ramenait, outre des griffures sur les jambes, d'énormes bouquets.
Elle avait pris comme à l'accoutumée quelques croûtons de pain secs pour les jeter aux canards.
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