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16.07.2008

et la terre enfanta

39 Un coup d'oeil à travers une vitre lui fit faire la grimace, il pleuvait par rafales. Tant pis, il lui fallait sortir, elle n'avait pas le choix si elle ne voulait pas mourir d'inanition. Echevelée par ses travaux, elle remit un peu d'ordre dans ses cheveux qui s'échappaient de son chignon et sourit à son image dans le vieux miroir de son minuscule cabinet de toilette. Une ride griffait à peine le coin de ses yeux, mais ses trente ans éclataient encore de fraîcheur.
En bas de chez elle, elle se dirigea vers la petite épicerie du coin de la rue, tenue par un Libanais adipeux, émigré depuis le début du siècle. Sur le trottoir, abrité des intempéries par un store délavé, un étalage mêlait en toutes saisons couleurs et senteurs. A l'intérieur de la boutique obscure, une odeur acidulée montait des bocaux remplis de condiments et d'épices.
Roselyn aimait bien venir dans cette échoppe où l'on trouvait de tout, grisée de parfums exotiques, elle s'y dépaysait avec bonheur.
Quand le jour céda, envahit par une brume épaisse, bien qu'il ne fut que dix-sept heures, elle alluma une chandelle. Elle avait oublié d'acheter du pétrole pour la grosse lampe ventrue qui lui venait elle aussi de ses parents. Anéantie par la fatigue, elle s'allongea sur le grand lit et s'étonna de ressentir encore l'effet du roulis. Le sommeil la prit brutalement sans qu'elle ait eu le temps de souffler la chandelle, qui pleura pendant quelques heures ses dernières larmes de cire.

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