« 2008-07-13 | Page d'accueil | 2008-07-15 »
14.07.2008
et la terre enfanta
36 L'attente leur parut interminable. Le grand navire se balançait mollement au gré de la houle qui venait lécher sa ligne de flottaison.
Sur les quais, des badauds s'agglutinaient attirés par les croix-rouges qui se distinguaient nettement au soleil levant. Penchée au-dessus du bastingage, Roselyn regardait cette mouvance humaine. Elle s'était faite de son retour une image teintée de joie mais aussi de soulagement, bien qu'elle s'en défendit. Mais, ses sensations étaient tout autre tandis qu'elle observait d'un oeil désintéressé la ville tentaculaire qui s'étalait à l'horizon, indifférente au remue-ménage des immenses grues à l'ossature rouillée qui dominaient les bateaux à quai.
Une chape de plomb pesait sur ses épaules, augmentée par un mal de tête insidieux qui lui embrumait l'esprit. Elle frissonna et s'enveloppa plus étroitement dans sa cape brune, ramenant d'une main sa longue jupe qui se gonflait telle une voile sous la poussée du vent.
Personne ne l'attendait, du moins elle l'espérait, le souhaitait de toutes ses forces, comment Peter aurait-il pu être averti de son retour ? Sur sa feuille d'engagement à l'endroit désigné pour l'inscription des personnes à avertir en cas de décès, elle avait écrit néant.
Chassant ces pensées importunes, elle se secoua, on avait encore besoin d'elle en bas.
19:25 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
et la terre enfanta
35 Penchés au-dessus des blessés, des infirmiers tentaient en vain de leur faire boire une eau tiède que leur estomac malmené rejetait presque aussitôt.
Roselyn le repéra enfin, étranger parmi les autres.
Animée d'une force qu'elle ne soupçonnait pas, elle l'entoura de ses bras et l'obligea à se lever. Maladroitement, en boitant il la suivit, étroitement serré contre elle. Elle ne se souvint pas par la suite comment elle avait pu lui faire franchir l'étroite échelle qui reliait les deux ponts, mais le fait était là. Allongé enfin sur une couchette inoccupée, en dépit du bruit assourdissant, il plongea aussitôt dans un sommeil réparateur.
Les jours qui suivirent ne furent qu'une succession d'horribles sensations, avec constamment le coeur au bord des lèvres, l'esprit cotonneux et le désir extrême de retrouver la terre ferme. Quand enfin l'océan se calma, les médecins et les infirmiers purent enfin à leur tour prendre du repos.
Après de longs jours et encore de plus longues nuits, l'éprouvante traversée prit fin un matin lorsque le bateau entra dans le port de New-York.
Les sirènes beuglèrent, ameutant les passagers surpris dans leur sommeil. Coupant court aux recommandations, les plus valides se ruèrent sur le pont supérieur, tandis que des larmes de joie coulaient sur les visages amaigris.
Les machines tournaient au ralenti, le bateau n'accosterait qu'après l'inspection de la police portuaire.
Malgré leur désir de rentrer chez eux, les soldats n'en avaient pas fini avec leur engagement et devaient être évacués vers un hôpital où il leur faudrait subir, outre des examens, quarante jours d'observation.
10:35 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


