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12.07.2008
et la terre enfanta
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Le bruit des machines s'intensifia et leurs puissances firent vibrer le grand vaisseau qui s'écarta lentement du quai. Les blessés avaient tous disparus des ponts, seuls des membres de l'équipage, aux gestes précis et bien rôdés, effectuaient à la hâte les dernières manoeuvres d'embarquement.
Insensiblement la silhouette massive s'estompa, comme aspirée par la haute mer. Dans un chassé-croisé vertigineux, les mouettes rasèrent les quais désertés, accompagnant leur ballet de cris discordants.
Le Président Lincoln filait bon train, ses machines de 8662 chevaux lui assuraient une vitesse de 16 noeuds. Retranchés dans le poste de pilotage, les officiers restaient vigilants pour guetter l'ennemi sournois, le pirate immergé qui n'hésiterait pas à torpiller le vaisseau-hôpital. En tournoyant au-dessus du périscope, les mouettes les avertiraient d'un danger imminent.
Selon la gravité de leurs blessures, les hommes avaient été répartis sur les deux ponts inférieurs. Ils gisaient, prostrés sur leur étroite couchette, assourdis par le halètement des machines, ballotés par le roulis, l'euphorie du départ s'était estompée.
La mer devenait grosse, les infirmiers et deux médecins s'affairaient pour essayer de soulager le mal de mer, qui tordait les estomacs et dont ils étaient eux-mêmes victimes. Bientôt une odeur épouvantable envahit le troisième pont, là où on avait entassé les plus valides.
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et la terre enfanta
32 Chapitre5 Un crachin épais obscurcissait la rade de Brest. A quai, à peine bercé par la houle un navire-hôpital de l'U.S Navy, aménagé pour le transport des blessés, reconnaissable à ses trois immenses croix-rouges symboliques, attendait son chargement humain.
Quelques silhouettes imprécises s'agitaient sur le pont supérieur. Depuis une heure, ses machines ronronnaient au ralenti. L'embarquement allait bientôt commencer.
Une première ambulance se rangea sur le quai, suivie peu après par d'autres véhicules. Le va et vient des brancards commença sur un fond de protestations et de récriminations des blessés, secoués par les infirmiers qui se hâtaient de les enfourner dans le ventre du navire.
Quelques rares témoins regardaient ces hommes au visage have, aux traits tirés, fripés et grisâtres, recroquevillés sur des membres absents, étonnés de les voir malgré tout ébaucher un sourire lorsqu'ils franchissaient la passerelle du navire. Ils ne pouvaient comprendre que ces hommes meurtris se sentaient déjà chez eux, et qu'en pensée ils abolissaient les milliers de kilomètres qui les séparaient encore de leur patrie.
Parmi les infirmiers, un médecin surveillait et interpellait les brancardiers : -dépêchez ! dépêchez !
Sur le quai, des observateurs, les yeux rivés à leurs jumelles, scrutaient attentivement le ciel bouché, craignant de voir surgir de nulle part une escadrille d'avions ennemis. La semaine dernière, un navire-hôpital avait essuyé à quelques encablures le feu nourri des mitrailleuses allemandes, faisant fi de l'inviolabilité théorique de la Croix-rouge. Mais aujourd'hui la chape de brouillard protégeait plus sûrement le navire.
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