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27.05.2008
et la terre enfanta
21 Hier soir elle avait décidé de réintégrer sa maison. Désertée maintenant depuis plus d'un an, elle n'avait pas voulu y remettre les pieds, Anne, sa mère allait de temps à autre aérer les lieux.
Pour le retour de son mari, elle voulait une maison accueillante, un havre de paix où, pendant quelques jours, il retrouverait de nouvelles forces pour continuer son combat. Elle s'efforça de chasser au plus vite ses idées moroses pour ne plus penser qu'à ces jours heureux qu'ils voleraient au temps de guerre.
Dans la chambre de ses parents, elle entendit un bruit furtif, comme à son habitude, sa mère se levait la première. Alors, renonçant à ses rêves, elle bondit hors du lit, elle allait s'atteler à l'ouvrage.
La cuisine embaumait déjà le café. Anne souffla sur les braises cachées sous la cendre pour ranimer le feu, elle aimait cet instant où, seule maîtresse des lieux, elle préparait le petit-déjeuner familial, quand un léger bruit la fit se retourner.
- Te voilà déjà debout ma grande ! le jour se lève à peine.
Joséphine se dirigea vers sa mère et l'enlaça tendrement.
- Maman j'ai du travail pour tout remettre en ordre, il faut que j'aille préparer la maison pour la venue de Louis.
Anne sourit, elle se réjouissait pour sa fille qui, contrairement aux autres jours arborait ce matin un sourire radieux.
Sans perdre un instant, après un repas rapide, Joséphine alla chercher sous un appentis une vieille brouette en bois que son père remisait chaque soir en revenant du jardin.
Dans la petite cour, elle dérangea les poules qui grattaient la terre et se chauffaient au pâle soleil de ce début d'automne. Elle frissonna dans l'air vif du matin et ramena sur ses épaules son châle qui glissait et dénudait ses bras ronds.
Elle entassa dans la brouette : eau de Javel, cristaux de soude, savon de Marseille, des chiffons en quantité, toutes choses nécessaires pour faire rutiler sa maison, et partit d'un pas ferme en direction du hameau. Son cheminement s'accompagnait d'un grincement répétitif qui la fit grimacer, son père avait encore oublié de graisser la roue. Ce couinement intempestif ne passa pas inaperçu, car en longeant les maisons du village, elle vit apparaître sur le seuil de l'une d'elle une femme qui l'interpella, vindicative.
- Alors, il paraît que ton mari a une permission lui ! le mien ça fait bientôt un an que je ne l'ai pas revu, pourtant nous avons des enfants et il est plus vieux que Louis.
Joséphine furieuse maudit sa mère : cette bavarde, elle n'avait pu retenir sa langue, elle haussa les épaules, s'il n'en avait tenu qu'à elle tous les hommes du village seraient dans leur foyer. Elle le lui dit en maugréant, et d'un pas rapide entama gaillardement le petit raidillon qui la séparait encore de son toit.
17:40 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Commentaires
Même si on ne met pas de com. on est toujours là et on suit ton récit avec beaucoup d'intérêt !
Biche
Ecrit par : Biche | 28.05.2008


