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18.05.2008
et la terre enfanta
15 Dans l'aube cotonneuse, ponctuée d'un grondement devenu plus lointain, ils entassèrent dans l'ambulance les derniers rescapés. Les moins atteints trouvaient encore la force de plaisanter, mais le silence se fit quand on enfourna dans le véhicule le brancard du gisant, celui qui s'obstinait à vivre, bien que retranché du monde des vivants. Oubliant leur propre douleur, ils se penchèrent pour examiner son visage crayeux.
Empruntant des pistes défoncées par les intempéries et surtout par le passage continu des chars, le véhicule sanitaire évacua les blessés vers un hôpital de campagne que les Américains avaient orgarnisés à l'arrière. Le refuge improvisé redevint silencieux, peuplé seulement de silhouettes rigides aux visages tourmentés, recouvertes pudiquement.
Assis à côté du chauffeur, Denvers se retournait fréquemment : - Tiens bon ! priait-il mentalement en scrutant le visage de l'inconnu, cramponne toi à la vie mon vieux.
Perçant le brouillard, le soleil fit son apparition, se posant sur les visages défaits mangés par une barbe sale, et sur les uniformes souillés de sang et de boue.
Ils se regardaient, puisant du courage dans les yeux des autres, gémissant quand les cahots de la piste défoncée les ballotaient en tous sens.
- Il a de la veine lui, il ne sent rien fit remarquer l'un d'eux.
- Dis pas ça ! je suis sûr que tu ne voudrais pas être à sa place répliqua avec véhémence son vis à vis.
Tassé au fond de l'ambulance, calant dans sa main valide un pansement sanguinolent, Rodwin, un petit rouquin au doux regard de myope pleurait.
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