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17.05.2008
et la terre enfanta
14 Une odeur fade s'élève déjà du charnier récent, mais ils serrent les dents lorsque l'un d'eux butte sur un cadavre.
Après leur passage, laissant derrière eux blessés et morts, alors que la nuit recouvre d'une ombre pudique le champ de batailles, des brancardiers entrent en action. Silhouettes imprécises qui s'agitent, courant d'un homme à un autre pour s'assurer qu'il n'y a plus rien à faire pour lui, dégageant d'un amas de corps un soldat encore vivant, mais si grièvement blessé qu'il n'y a aucun espoir de le sauver.
- Pauvre gars, c'est fini pour lui aussi fit l'un d'eux en reposant l'agonisant.
Impuissants, ils tournent en rond, ne pouvant rester indifférents, malgré leur sang-froid devant ce carnage.
- On n'y voit plus rien, qu'est-ce qu'ils ont dégusté, allez viens dit Denvers à son camarade en lui posant une main fraternelle sur l'épaule, tandis que celui-ci plié en deux soulageait son estomac ravagé.
Reprenant leur civière inoccupée, ils s'apprêtaient à rejoindre les autres brancardiers qui râtissaient encore le terrain éventré, quand le caporal Denvers, butant contre une grosse pierre s'affala en jurant. Il se souviendra toute son existence de cette chute, car en prenant appui sur la terre détrempée et froide, il sentit un contact de chair tiède.
Comme un ressort, il se redressa, la chair de poule descendant le long de son échine dans une lente révulsion de tout son corps.
- Il y a un homme enterré vivant cria t-il à son compagnon, en désignant une main crispée qui affleurait le sol.
Tels des forcenés, ils grattèrent la terre, dégageant un corps entièrement nu, maculé de sang et de boue, mais miraculeusement à l'intérieur de la poitrine, le coeur battait encore faiblement.
Il se ruèrent vers l'ambulance restée cachée à l'abri d'un bosquet à quelques trois cents mètres de là, secouant le corps inerte, dont la flamme ténue de la vie ne tenait plus qu'à un souffle.
Dans le poste avancé, organisé pour donner les premiers soins aux blessés, un médecin-major se penche au-dessus de formes prostrées. Des cris, des jurons, des plaintes, des supplications et des râles s'élèvent de ces corps mutilés, dans une odeur de sang et de sanies qui plane au-dessus d'eux.
Méthodiquement, comme insensible à cette détresse humaine, il effectue un premier tri. Sur un signe de lui, deux infirmiers empoignent le brancard désigné, pour celui-là le verdict est sans appel, venu d'au-delà des mers, il reposera à jamais en terre française.
Les plus lucides, malgré leurs souffrances estiment leur sort enviable en voyant défiler les corps des suppliciés. Légèrement à l'écart, gît le rescapé de la terre. Denvers, tout en s'activant auprès des blessés jette un oeil dans sa direction, mais à part son souffle régulier, l'homme n'a toujours pas repris connaissance. On lui a fait un bandage de fortune autour de la tête et recouvert sa nudité d'une mince couverture.
-Pourvu qu'il ne prenne pas froid songea t-il cet homme lui devrait peut-être la vie et en quelque sorte il s'en sentait en partie responsable.
Ce blessé posait un problème au médecin, il le jugeait perdu en raison de la blessure profonde qui entaillait son crâne. Toutefois, en proie au doute, il décida sagement de surseoir à sa décision jusqu'au petit matin, s'il passait le cap de la nuit,il aurait peut être une chance de s'en tirer.
16:15 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Commentaires
Poignant ton récit même si on sait (on se doute) de comment c'était, ça fait froid dans le dos ... et dire que souvent on se plaint ...
Oui je connais la rue St Michel toute petite comme beaucoup dans ce quartier.
Pour que l'on garde tes coordonnées c'est quand tu écris un com sur un blog que tu mets ton nom, ton emai et ton URL http://etlaterreenfanta.blog50.com
et n'oublie pas de cocher la case Retenir mes coodonnées !
Bon w-e
Biche
Ecrit par : Biche | 17.05.2008


