« 2008-05-14 | Page d'accueil | 2008-05-16 »

15.05.2008

et la terre enfanta

12 Il venait à peine de succomber à la fatigue, lorsque l'artillerie américaine se mit en branle. Réveillés en sursaut, ils furent sur pied en un instant. Louis consulta sa montre, il était quatre heures du matin. Un grondement continu, assourdissant, augmentant ou diminuant tour à tour, formait un barrage roulant dans le ciel.
Par-dessus le parapet, ils aperçurent les lueurs des canons formant une traînée de lumière rouge.
- Ben ça alors ! fit Fauvet, estomaqué, qu'est-ce qu'ils leur mettent les copains.
Une brusque rafale de mitrailleuse, qui heureusement manqua son objectif les repoussa brutalement en arrière, leur rappelant que les tireurs d'élite sévissaient encore dans la tranchée adverse.
A l'approche de l'attaque, les gros calibres français se joignirent au concert. Le feu d'artillerie augmenta sa cadence et son grondement lugubre accompagna le bruit d'un orage d'arrière saison qui mêla sa voix à celles des canons.
Dans la brume opaque du petit jour, les projectiles labourèrent le territoire où l'ennemi s'était tapi, accomplissant leur moisson de mort.
A six heures, ce 8 octobre 1917, l'aube se leva, tandis que l'attaque se déclenchait. Les fusées rouges des Français montaient en chandelle. Des escadres entières de tanks américains sortirent de leurs abris pour diriger l'assaut et foncer sur les mitrailleuses ennemies qui essayaient vainement d'enrayer leur approche.
Les blindés s'avancèrent lourdement sur le terrain détrempé et criblé de trous d'obus remplis d'eau, formant un véritable marécage. Les fantassins se faufilèrent entre des groupes d'arbres, dont les branches déchiquetées pendaient au-dessus des entonnoirs. La fumée des obus cachait parfois les lourds engins, mais ils réapparaissaient bientôt, rassurants.