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14.05.2008

et la terre enfanta

11 Une voix fébrile s'éleva : - Rassemblement de la première compagnie à dix-sept heures, ordre du lieutenant, faites passer.
Il restait à peine un quart d'heure, Louis frissonna. Il ne savait pas si cela était dû à l'excitation du moment où à un rhume imminent, mais il préférait qu'il se passe quelque chose plutôt que cette inaction anormale qui usait les nerfs des hommes et les rendait irritables.
A l'heure dite, les hommes de la deuxième et troisième section entouraient le jeune lieutenant qui les commandait.
- Ordre du jour de l'Etat Major, commença t-il, demain à cinq heures, l'artillerie prendra comme objectif les batteries ennemies repérées par les avions. Simultanément, les canons de tranchée nettoieront les lignes adverses. L'assaut est prévu à six heures précises avec les deuxième, troisième et quatrième compagnie.
- Cependant, ajouta t-il, je dois aussi vous avertir que vous allez combattre côte à côte avec la première armée américaine. Cette nuit elle prendra position au nord de l'Ailette à quatre kilomètres d'ici. Leur artillerie commencera à canonner avant la nôtre et prendra les Allemands à revers, ceux qui ont des montres, mettez les à l'heure et ... bonne chance ajouta t-il soudain moins solennel.
Muets et graves, comme apaisés malgré tout, ils se regardaient lisant dans les yeux des autres l'appréhension qui les prenait aux tripes.
L'un d'eux siffla : - Mazette ! ils sortent le grand jeu, les boches n'ont qu'à bien se tenir, on va n'en faire qu'une bouchée!
- Essayez de dormir leur avait dit le lieutenant, plus facile à dire qu'à faire grommela un autre entre ses dents.
Dans un recoin, Louis s'entretenait à voix basse avec Fauvet, un titi parisien moqueur, qui pour une fois avait remisé sa verve au placard.
- A côté des Américains, ça alors fit Fauvet, on dit qu'ils sont bien mieux équipés que nous, espérons que leurs artilleurs seront à la hauteur et ne canarderont pas nos lignes.
-Mieux équipés que nous ! le reprit Masson, peut-être mais avec notre armement et dans sa voix résonnait une note de fierté.
- Dis donc vieux, fit-il en se penchant vers Louis, tu ne parais pas dans ton assiette ?
- Ce n'est rien sans doute un rhume qui arrive
- Ah bon! fit l'autre soulagé, je croyais que tu avais les chocottes !
Louis esquissa un sourire et appuya son dos contre le mur de terre. Somnolent mais lucide, il regarda autour de lui les corps étendus d'où sortaient des ronflements et des raclements de gorge et les envia de pouvoir s'abîmer dans le sommeil. Il s'allongea à son tour en s'interdisant de penser au lendemain.