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11.05.2008

et la terre enfanta

9 Au dehors des ordres claquaient. Un remue-ménage fait de tintements de gamelles, de bruit de pas précipités, de piétinements de chevaux, le tout accompagné de jurons ne laissait planer aucun doute sur la précipitation des préparatifs et l'imminence d'un départ.
En écho, un bruit assourdissant de grosses pièces en action se mit à vibrer dans le ciel.
-Ca y est ! pensa Louis par habitude, l'artillerie nous déblaie le chemin. Il était déjà prêt dans sa tête pour affronter son destin.
Dehors, une pluie fine s'infiltrait insidieusement dans son cou. Résigné, il releva le col de sa capote et rejoignit un des groupes qui se formait. A l'écart, quelques sous-officiers écoutaient les instructions d'un supérieur. Ils arboraient tous un air grave qui augurait l'annonce de mauvaises nouvelles.
A dix-sept heures trente, alors que de gros nuages sombres roulaient dans le ciel, ils reprirent la route qui les ramenait inéluctablement vers les lignes ennemies.
- Pas trop tôt dit Masson, je commençais à m'ennuyer ! Mais aucun de ses compagnons ne releva sa boutade.
En chemin, ils croisèrent la pitoyable colonne de ceux qui les avaient précédé. Ils jetèrent sur leurs semblables un regard blasé sachant que les autres leur ressemblaient comme des frères.
A la nuit tombée, ils retrouvèrent la tranchée familière qui les avait déjà abrité à maintes reprises. A quatre cents mètres, on distinguait à l'oeil nu une grande cicatrice sinueuse qui balafrait la terre. L'ennemi était tapi là, invisible mais bien présent. A l'abri des sacs de terre qui servaient d'observatoire, les deux adversaires s'épiaient.