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10.05.2008

et la terre enfanta

8 Quand il repartait en première ligne, il ne se départissait pas de sa gouaille et Louis se demandait parfois si sa gaieté exagérée l'aidait à exorciser un présent dont il refusait l'évidence.
Il déclina l'invitation en agitant son papier à lettres, simple feuillet d'écolier qu'il avait récupéré dans l'école d'un village lors d'un précédent cantonnement.
- Comme tu veux ! fit l'autre fataliste.
Il écrivit encore quelques mots, mais son esprit était ailleurs. Que dire à sa femme, sinon comme toujours des mensonges rassurants, après tout, jusqu'à présent, bien qu'ayant plusieurs fois frôlé la mort, celle-ci n'avait pas voulu de lui. Cette pensée le ramena à quelques temps de là. Il avait vu tomber autour de lui plusieurs de ses camarades, pris sous un pilonnage de leur propre artillerie qui avait mal calculé la portée de son tir. Ironie du sort quand les obus de l'adversaire vous passaient au-dessus de la tête. Rescapé parmi ce carnage, il avait mis quelques semaines avant de s'en remettre.
Peu de temps après, il avait obtenu une permission de quarante huit heures pour assister à l'enterrement de sa mère. Bouleversé par sa disparition soudaine, mais les yeux secs, il avait suivi le cortège funèbre, reconnaissant à peine les gens qui défilaient pour lui témoigner leur compassion.
Le soir, quand il se retrouva avec sa femme dans leur maison sans âme, il laissa échapper sa chape de plomb et rien ni personne n'aurait pu endiguer ses larmes. Joséphine se fit maternelle et le berça toute la nuit. Le lendemain il lui fallait déjà repartir. Dans une étreinte folle, ils avaient essayé de faire l'amour, mais trop d'horreurs se pressaient derrière ses paupières closes. Bien que frustrée, Joséphine essaya encore de le réconforter. Après tout pensa t-elle, cela n'avait pas d'importance, ils avaient volé quelques heures à la guerre et ça personne ne pourrait le leur ôter.
Louis se secoua, décidément il aurait mieux fait de suivre les autres, l'inaction ne lui valait rien. Il se levait pour les rejoindre, quand un caporal fit irruption dans la grange :
- Ordre du commandant clama t-il, on repart dans deux heures, prévenez les autres !
Des lazzis et des protestations fusèrent, cette fois-ci ils exagéraient, la lassitude creusait encore les visages et il leur fallait de nouveau exposer leur vie.