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27.03.2008

et la terre enfanta

4 Il arriva un soir, alors que percluse de fatigue Joséphine venait de se mettre au lit. Des coups redoublés frappés à la porte la firent sursauter et se redresser le coeur battant.
Dans le hameau silencieux, un chien alerté aboya, bientôt imité par un autre
- Joséphine! ouvre c'est moi. La voix assourdie de Louis lui parvint à travers le bois épais de la porte.
Eperdue, elle se leva et s'empêtra dans sa longue chemise de nuit. Sur le seuil, dans son uniforme froissé Louis la dévorait des yeux. Le jeune homme de vingt ans qu'elle avait vu partir, il y avait déjà si longtemps s'était à jamais volatilisé, laissant la place à un homme mûri trop tôt per les épreuvesIntimidés, ils se redécouvraient et leur première nuit ne fut que tendresse et émerveillement.
Louis ne rendit qu'une brève visite à ses proches parents, égoïstement ils se calfeutrèrent chez eux et malgré les questions inquiètes de Joséphine, Louis laissa

20.03.2008

et la terre enfanta

3 Chez le sabotier, dans un recoin séchaient des pièces de bois, adossées au mur, attendant le retour de l'artisan. Sa femme avait vendu les dernières paires qu'il avait tournées avant de partir, même celles un peu ratées, qu'il gardait en temps ordinaire pour son usage personnel.
La boulangerie avait toujours sa bonne odeur de pain chaud. Depuis le début de la guerre un vieux mitron avait pris la relève du jeune boulanger. Il sortait du four des tourtes craquantes, levées à point, encore meilleures que celles du patron chuchotait-on.
Comme dans toute la France, on s'était organisé,et, dans la douleur les femmes s'émancipaient.
Un nouvel hiver prit ses quartiers. Joséphine tricota pour Louis chaussettes, écharpe et gants, dans une grosse laine qui sentait encore le suint. Il lui écrivait aussi souvent qu'il le pouvait et tous deux puisaient dans leurs mots d'amour, le courage de supporter cette longue absence.
A l'automne 1915, Louis obtint une permission de six jours, toutefois il se garda bien d'en avertir sa femme, car il était monnaie courante qu'au dernier instant celle-ci soit supprimée, il ne voulait pas surtout lui donner de faux espoirs.

13.03.2008

et la terre enfanta

2 Ambitieux, Louis rêvait de s'élever dans l'échelle sociale, maître Boudet lui avait laissé entrevoir la possibilité de passer premier clerc en remplacement de son vieil employé. Celui-ci prendrait bientôt sa retraite et dans cette perspective Joséphine et lui faisaient de nombreux projets d'avenir, et voilà leur bonheur tout neuf était déjà fini.
La guerre déclarée, Louis, comme des millions d'autres était parti un matin en compagnie de François, un frère de Joséphine, amis d'enfance inséparables, et qui par le hasard se retrouvaient incorporés dans le même régiment. Cette coïncidence avait mis du baume au coeur de Joséphine qui pensait que les deux frères d'arme se soutiendraient mutuellement le moral.
Tous les jours elle se rendait au village pour y prendre des nouvelles et puiser du réconfort auprès de ses parents. Pensant la soutenir, ils lui avaient offert de reprendre sa place au sein de la famille, mais elle avait refusé, Louis allait vite revenir, elle n'en doutait pas et c'est dans leur petite maison qu'elle attendrait son retour.
Le soir, avant de s'endormir, elle enfouissait son visage dans un pull qu'il avait quitté juste avant de partir, le vêtement encore imprégné de son odeur lui donnait l'illusion de sa présence et apaisait sa peine.
Les jours succédèrent aux jours une longue litanie d'espoir, puis de doute et de résignation, ponctués par la joie éphémère d'un courrier qui arrivait du front avec huit jours de décalage, si bien qu'elle n'osait pas vraiment se réjouir de le savoir vivant.
Le village comptait déjà ses morts, l'espérance illusoire d'un retour rapide s'était envolé au fil des semaines. Les femmes passèrent le premier hiver sans leur homme, mais hormis la crainte de le voir disparaître, matériellement elles s'en tiraient bien.
Les greniers étaient pleins de la moisson engrangée avant leur départ. Les appentis abritaient les bûches qui entretiendraient le feu dans l'âtre durant la mauvaise saison, même si celle-ci jouait les prolongations.
A l'automne, il avait bien fallu faire les semailles, mais elles se firent presque joyeusement, dans la perspective d'un printemps qui verrait le retour de tous au foyer. Les hommes seraient fiers de leur femme, car toutes s'appliquaient à tirer droit les sillons, amplifiant le son de leur voix pour exciter le cheval habitué à n'obéir qu'à une rude voix masculine, seuls, les ateliers des artisans ne résonnaient plus des bruits et des jurons familiers. Depuis bien longtemps, le charbon de la forge s'était refroidi et l'enclume s'était tue.

06.03.2008

et la terre enfanta

Il est là sur le sol,étendu dans une flaque de soleil
Ses ailes impuissantes s'essaient encore au vol
Ses yeux déjà se voilent
Il regarde, étonné de voir le ciel si haut.

1

Joséphine soupira dans son sommeil, remonta le drap sur son visage et se caressa furtivement les seins, tandis que dans un mouvement balancé elle berçait doucement sa solitude.
Déjà quinze jours que Louis avait été mobilisé, la laissant seule après deux mois de lune de miel pendant lesquels ils s'étaient follement aimés, rattrapant ces longs mois d'abstinence, temps de leurs fiançailles, où ils s'étaient goûtés du bout des lèvres, du bout des doigts.
Jeunes mariés, ils ressentaient comme un purgatoire les longues heures qui les séparaient, pendant lesquelles Louis s'en allait en ville s'enfermer dans une étude obscure et poussiéreuse, chez maître Boudet, dont il était le deuxième clerc.
Les dimanches ne leur appartenaient pas non plus, car ils se devaient d'aller déjeuner chez la nombreuse parentèle de Louis, qui se faisait un devoir de recevoir le nouveau couple. Seule, la complicité de la nuit les réunissait.
Ils avaient loué une petite maison située dans un hameau de leur village. Toutes les économies de Louis étaient passées dans l'achat de meubles bon marché, mais ceux-ci, bien que modestes leur convenaient. Joséphine trouvait sa maison confortable. Née dans une famille pauvre,elle n'avait connu durant toute son enfance qu'un mobilier fait de bric et de broc.
Ambitieux, Louis rêvait de s'élever dans l'échelle sociale, maître Boudet lui avait laissé entrevoir la possibilité de passer premier clerc en remplacement de son vieil employé. Celui-ci prendrait bientôt sa retraite

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