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13.03.2008
et la terre enfanta
2 Ambitieux, Louis rêvait de s'élever dans l'échelle sociale, maître Boudet lui avait laissé entrevoir la possibilité de passer premier clerc en remplacement de son vieil employé. Celui-ci prendrait bientôt sa retraite et dans cette perspective Joséphine et lui faisaient de nombreux projets d'avenir, et voilà leur bonheur tout neuf était déjà fini.
La guerre déclarée, Louis, comme des millions d'autres était parti un matin en compagnie de François, un frère de Joséphine, amis d'enfance inséparables, et qui par le hasard se retrouvaient incorporés dans le même régiment. Cette coïncidence avait mis du baume au coeur de Joséphine qui pensait que les deux frères d'arme se soutiendraient mutuellement le moral.
Tous les jours elle se rendait au village pour y prendre des nouvelles et puiser du réconfort auprès de ses parents. Pensant la soutenir, ils lui avaient offert de reprendre sa place au sein de la famille, mais elle avait refusé, Louis allait vite revenir, elle n'en doutait pas et c'est dans leur petite maison qu'elle attendrait son retour.
Le soir, avant de s'endormir, elle enfouissait son visage dans un pull qu'il avait quitté juste avant de partir, le vêtement encore imprégné de son odeur lui donnait l'illusion de sa présence et apaisait sa peine.
Les jours succédèrent aux jours une longue litanie d'espoir, puis de doute et de résignation, ponctués par la joie éphémère d'un courrier qui arrivait du front avec huit jours de décalage, si bien qu'elle n'osait pas vraiment se réjouir de le savoir vivant.
Le village comptait déjà ses morts, l'espérance illusoire d'un retour rapide s'était envolé au fil des semaines. Les femmes passèrent le premier hiver sans leur homme, mais hormis la crainte de le voir disparaître, matériellement elles s'en tiraient bien.
Les greniers étaient pleins de la moisson engrangée avant leur départ. Les appentis abritaient les bûches qui entretiendraient le feu dans l'âtre durant la mauvaise saison, même si celle-ci jouait les prolongations.
A l'automne, il avait bien fallu faire les semailles, mais elles se firent presque joyeusement, dans la perspective d'un printemps qui verrait le retour de tous au foyer. Les hommes seraient fiers de leur femme, car toutes s'appliquaient à tirer droit les sillons, amplifiant le son de leur voix pour exciter le cheval habitué à n'obéir qu'à une rude voix masculine, seuls, les ateliers des artisans ne résonnaient plus des bruits et des jurons familiers. Depuis bien longtemps, le charbon de la forge s'était refroidi et l'enclume s'était tue.
16:20 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Commentaires
En lisant ces quelques lignes j'ai l'impression de me retrouver il y a plusieurs décennies quand ma grand-mère, au coin de la cheminée monumentale, nous racontait ce que sa vie avait été quand son mari était à la guerre et qu'il fallait s'activer sur l'exploitation agricole entre 1914 et 1918.
De plus la longue attente d'un retour hypothétique était dur pour ses femmes qui se découvraient une "force d'homme".
Bonne soirée et bien amicalement,
Michel
Ecrit par : Michel | 13.03.2008


